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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 10:06

La Règle de Saint Basile le Grand

Qu. 1 : Est-il permis ou expédient de faire et de dire librement ce que l'on croit bien sans tenir compte des saintes Ecritures ?

R. : Notre Seigneur Jésus-Christ a déclaré au sujet du saint Esprit : "Il ne dira rien qui vienne de Lui, mais Il répétera ce qu'il aura entendu" (Jn 16,13), et à son propre sujet : "Le Fils ne peut rien faire de lui-même" (Jn 5,19). Il ajoute ailleurs : "Je n'ai point parlé de mon propre chef, mais mon Père en m'envoyant m'a prescrit lui-même ce que je devais dire et ce dont je devais parler, et je sais que son commandement est vie éternelle ; Quand je parle, je parle donc comme mon Père me l'a ordonné" (Jn 12,49-50). Qui, par suite, serait assez fou pour oser de lui-même ne fut-ce que concevoir une pensée ? Car l'homme a besoin d'être conduit avec bonté par l'Esprit-Saint pour se diriger sur le chemin de la vérité, qu'il s'agisse de pensées, de paroles ou d'actes. Il est un aveugle plongé dans l'obscurité s'il ne possède le soleil de justice, Notre Seigneur Jésus-Christ, pour l'éclairer par ses commandements comme par des rayons lumineux : "Le précepte du Seigneur, est-il dit, éclaire et illumine nos yeux" (Ps 18,9). Cependant, parmi les actions ou les paroles qui s'offrent à nous, les unes sont mentionnées dans les saintes Ecritures, comme objet d'un ordre du Seigneur, les autres passées sous silence. Pour ce qui s'y trouve, il n'est absolument permis à personne de le faire si c'est défendu, ni de s'en abstenir si c'est commandé, car le Seigneur l'a voulu une fois pour toutes et il a dit : "Tu observeras le commandement que je t'ai donné ; tu n'y ajouteras rien et tu n'en retrancheras rien" (Dt 4,2). Celui qui aurait une telle audace, un jugement redoutable l'attend et un feu violent le dévorera" (He 10,27). Pour ce qui ne s'y trouve pas expressément déterminé, l'Apôtre Paul nous donne une règle en disant : "Tout m'est permis, mais tout ne convient pas ; tout m'est permis, mais tout n'édifie pas. Personne ne doit donc rechercher ce qui lui plaît, mais ce qui est expédient aux autres" (1 Co 10,22-24). Ainsi, il est de toute façon nécessaire de nous soumettre soit à Dieu suivant son commandement, soit aux autres à cause de son commandement. Il est écrit en effet : "...soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ" (Ep 5,21) ; et le Seigneur a dit : "Celui qui veut être grand parmi vous doit être le dernier et le serviteur de tous" (Mc 9,34). Cela signifie évidemment : renoncer à ses volontés propres et imiter le Christ : "Je suis descendu du ciel, a-t-il dit, non pour faire ma volonté mais la volonté de mon Père qui m'a envoyé" (Jn 6,38).

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Qu. 2 : Quel engagement doivent exiger les uns des autres ceux qui veulent vivre ensemble selon Dieu ?
R. :
L'engagement requis par le Seigneur lui-même de quiconque vient à lui : "Si quelqu'un, dit-il, veut venir à moi, qu'il se renonce et prenne sa croix et me suive" (Mt 16,24). Le sens de chacun de ces termes, nous l'avons donné dans la question qui s'y rapporte.

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Qu. 3 : Comment ramener le pécheur et, s'il refuse de se convertir, comment se comporter ?
R. :
Comme l'a ordonné le Seigneur en disant : "Si ton frère commet une faute, va et, seul à seul, reproche-la lui ; s'il t'écoute tu auras gagné ton frère ; s'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute parole soit confirmée par l'autorité de deux ou trois témoins. S'il ne les écoute pas encore, dis-le à l'assemblée, et s'il n'écoute pas encore celle-ci, qu'il soit pour toi comme païen et publicain" (Mt 18,15-17). Peut-être qu'en pareil cas "la censure infligée au coupable par la communauté suffira" (2 Co 2,6) car saint Paul a dit : "Reprends, supplie, menace sans cesser de patienter et d'instruire" (1 Tim 4,2), et ensuite : "Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nous prescrivons dans notre lettre, tenez-en compte et n'ayez plus commerce avec lui, afin qu'il rentre en lui-même" (2 Th 3,14).

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Qu. 4 : Si, pour des fautes mêmes les plus légères, on harcèle des frères en leur disant : "Il faut faire pénitence" ne manque-t-on pas soi-même de miséricorde et ne pèche-t-on pas contre la charité ?
R. :
Pas un iota, pas un point ne tombera de la loi, a déclaré le Seigneur, avant que tout ne soit accompli (Mt 5,18) et, il l'a assuré, les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toute parole oiseuse qu'ils auront prononcée (Mt 12,36). Il ne faut donc rien regarder comme n'ayant pas d'importance, car "celui qui méprise quelque chose en sera méprisé" (Pr 13,13). Du reste quelle faute osera-t-on appeler légère, si l'Apôtre a dit qu'en violant la loi vous offensez Dieu ? (Rm 2,23) Et si l'aiguillon de la mort est le péché, non tel ou tel péché, mais, évidemment, tout péché sans distinction, c'est en se taisant que l'on est cruel et non pas en faisant des reproches, comme on le serait en enfermant le venin d'une morsure dans la plaie plutôt qu'en l'en retirant. C'est ainsi également qu'on manquerait à la charité, car il est écrit : "Celui qui ménage le bâton hait son fils, et celui qui aime châtie au contraire avec soin" (Pr 13,24).
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Qu. 5 : Comment doit-on se repentir de chaque faute et quels dignes fruits de pénitence doit-on produire ?
R. :
Il faut entrer dans les dispositions de Celui qui a dit : "J'ai détesté l'iniquité et je l'ai prise en horreur" (Ps 118,163) et faire ce qui est indiqué dans le sixième psaume et en beaucoup d'autres ; faire aussi ce que l'Apôtre rapporte des chrétiens affligés par la faute de l'un d'entre eux : "Voyez, dit-il, combien cette affliction selon Dieu a produit en vous de zèle, d'empressement à vous défendre, d'indignation, de crainte, de désir, d'ardeur à venger le crime, d'émulation ! Vous avez bien montré que vous êtes restés purs dans cette affaire" (2 Co 7,11). Enfin, comme Zachée, il faut multiplier les actes de la vertu opposée.
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Qu. 6 : Que dire du pécheur qui consent de bouche à faire pénitence, mais ne se corrige pas de sa faute ?
R. :
Je lui applique alors cette sentence de l'Ecriture : "Si ton ennemi t'appelle à grands cris ne te confies pas à lui, car son cœur est sept fois perverti" (Pr 26,25) et cette autre : "Comme le chien retourne à son vomissement et devient odieux, ainsi l'homme qui par sa propre malice retourne à son péché" (Pr 26,11).
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Qu. 7 : Quel jugement porter contre ceux qui prennent la défense des coupables ?
R. : Un jugement plus sévère, me semble-t-il, que pour celui dont il est dit : "Il vaudrait mieux pour lui se voir attacher une meule de moulin au cou et être précipité dans la mer que de scandaliser un de ces petits" (Luc 17,2). En effet, au lieu d'un avertissement salutaire, le pécheur reçoit dans cette défense un encouragement au crime et entraîne d'autres dans les mêmes errements. Celui qui commet une telle faute doit donc montrer de véritables signes de pénitence, autrement il faudrait lui appliquer cette parole du Seigneur : "Si ton œil doit te porter au mal arrache-le et jette-le loin de toi, car il est préférable pour toi de perdre un de tes membres que de brûler avec le corps tout entier dans la géhenne" (Mt 5,29).
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Qu. 8 :
Comment doit être accueilli celui qui se repent sincèrement ?

R. : Comme le maître l'a enseigné par ces mots : "Il rassemble ses amis et ses voisins et leur dit : "Réjouissez-vous avec moi, parce que j'ai retrouvé ma brebis perdue" (Lc 15,6).

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Qu. 9 :
Comment se conduire envers le pécheur impénitent ?
R. : Comme le Seigneur l'a prescrit en disant : "S'il n'écoute pas non plus l'assemblée qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain" (Mt 18,17), et comme l'Apôtre le veut quand il écrit : "Evitez tout frère qui se conduirait d'une manière déréglée et non conforme à l'enseignement reçu de nous" (2 Th 3,6).

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Qu. 10 :
Lorsqu'une âme s'est enlisée dans le péché, avec quelle crainte, quelles larmes, doit-elle s'arracher à ses fautes, avec quelle espérance, par contre, et quel sentiment se tourner vers Dieu ?
R. : Elle doit avant tout haïr son passé détestable et en prendre en horreur et dégoût jusqu'au souvenir, car il est écrit : "J'ai détesté le péché et je l'ai eu en abomination, tandis que j'ai aimé votre loi" (Ps 118,163). Puis, afin de s'exciter à la crainte, elle doit songer à la menace du jugement et de la peine éternelle et reconnaître, dans l'occasion de pleurer, celle de faire pénitence, comme le dit David dans le sixième psaume, convaincu que c'est le Seigneur qui la purifiera de ses fautes par l'application de son sang, dans la grandeur de sa compassion et l'abondance de sa miséricorde, puisqu'il a dit : "Si vos péchés étaient comme l'écarlate, je les rendrais blancs comme neige, et s'ils étaient comme cochenille, je les blanchirais comme la laine" (Is 1,18). Alors, ayant reçu la possibilité et la puissance de plaire à Dieu, elle peut dire : "Le soir régneront les pleurs, mais le matin la joie. Vous avez converti ma tristesse en félicité, vous avez déchiré mon sac et m'avez entouré d'allégresse, en sorte que dans la gloire je célèbre vos louanges" (Ps 29,6,12-13). Elle s'avance en adressant à Dieu ce chant : "Je vous exalterai, Seigneur, parce que vous m'avez accueillie et que vous n'avez pas laissé mes ennemis se réjouir de ma perte" (Ps 29,2).

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Qu. 11 :
Comment s'obtient la haine du péché ?
R. :
Une conséquence désagréable et fâcheuse engendre toujours la haine pour la cause qui la produit. Si quelqu'un se pénètre donc du nombre et de l'importance des maux qui dérivent du péché, il en éprouvera spontanément une haine intime semblable à celle du psalmiste, qui dit : "J'ai détesté l'iniquité, et je l'ai prise en horreur" (Ps 118,163).

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Qu.12 :
Comment l'âme aura-t-elle la conviction que Dieu lui a pardonné ses fautes ?
R. : Lorsqu'elle se verra dans les sentiments de celui qui a dit : "J'ai détesté l'iniquité, et je l'ai prise en horreur" (Ps 118,163), car Dieu nous a, quant à lui, déjà pardonné d'avance lorsqu'il a envoyé son Fils unique pour nous délivrer de nos péchés. Du reste, David a chanté la pitié et le jugement de Dieu, lui rendant ce témoignage qu'"Il est miséricordieux et juste" (Ps 100,1) ; il faut donc que s'accomplisse pour nous la parole des prophètes et des apôtres au sujet de la pénitence, en sorte qu'apparaisse vraiment la justice des jugements de Dieu et que se réalise sa miséricorde dans le pardon des péchés.

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Qu. 13 :
Celui qui pèche après son baptême doit-il désespérer de son salut dès que ses fautes sont nombreuses ? ou bien y a-t-il une limite dans le péché, jusqu'à laquelle on doit espérer dans la bonté de Dieu moyennant pénitence ?
R. : S'il y avait un terme à la multitude des miséricordes de Dieu et une mesure à l'étendue de sa pitié, il faudrait désespérer en comparant le nombre et l'étendue de nos fautes. Mais on peut bien, semble-t-il, mesurer et compter celles-ci, tandis qu'on ne peut déterminer ni limite à la pitié de Dieu ni borne à ses miséricordes. Il n'y a donc pas lieu de désespérer, mais plutôt de reconnaître la miséricorde et de détester le péché, dont le pardon, dit l'Ecriture, se trouve dans le Sang du Christ. Qu'il ne faille pas désespérer, cela nous est répété constamment et de mille manières. Cela ressort surtout de la parabole de notre Seigneur Jésus-Christ au sujet de l'enfant prodigue. Celui-ci avait demandé son bien à son père et l'avait ensuite dépensé dans le péché, mais nous savons par les paroles du Seigneur, quelle joie intense provoqua son repentir (Lc 15,13 sq.). Dieu l'a dit aussi par la bouche d'Isaïe : "Si vos péchés étaient comme l'écarlate je les rendrais blancs comme neige et s'ils étaient comme la cochenille, je les blanchirais comme la laine" (Is 1,18). Toutefois nous devons savoir que cela est vrai seulement lorsque, suivant l'Ancien et le Nouveau Testament, le repentir se manifeste réellement par la haine du péché et produit de dignes fruits, comme il est dit dans l'interrogation qui traite ce sujet (Voir Qu.5).

Qu. 14 : A quels fruits peut-on reconnaître la vraie pénitence ?
R. : La manière de faire pénitence, les dispositions de ceux qui se convertissent du péché et le zèle qui produit de dignes fruits de pénitence, tout cela est dit dans son lieu (Voir Qu.5).

Qu. 15 : Que signifie : "Aussi souvent que mon frère péchera contre moi, je lui pardonnerai" (Mt 18,21) et quels péchés est-il en mon pouvoir de pardonner ?
R. :
Il n'est pas permis d'absoudre librement, mais seulement lorsque le pénitent obéit et se conforme à celui qui a le soin de son âme, car il est écrit à ce sujet : "Si deux d'entre vous sont d'accord pour demander quoi que ce soit, mon Père qui est dans les cieux le leur accordera" (Mt 18,19). Quels péchés pardonner ? Il n'y a pas à le demander, le Nouveau Testament n'a pas établi de distinction à ce sujet mais il a promis le pardon de tout péché à qui fait convenablement pénitence, et le Seigneur surtout, en personne, a parlé de "quoi que ce soit".

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Qu. 16 : Pourquoi la componction envahit-elle parfois l'âme presque spontanément comme une peine et sans que celle-ci l'ait cherchée, tandis que, parfois, elle est tellement insensible, que malgré ses efforts elle ne parvient pas à s'attrister ?
R. :
Une telle componction est un don de Dieu : ou bien elle stimule la volonté, car l'âme ayant goûté la douceur d'une telle tristesse s'empresse de la nourrir ; ou bien elle montre que l'âme, si elle avait un peu plus de zèle, pourrait être toujours dans cet état, rendant inexcusables ceux qui l'écartent par leur négligence. Quant à essayer de l'atteindre sans y parvenir, cela prouve aussi notre négligence en d'autres temps, car sans application ni exercice constant et répété, il est impossible d'atteindre immédiatement ce que l'on cherche. En même temps, c'est un signe que notre âme est dominée par d'autres passions et, à cause d'elles, n'est plus libre de se tourner vers ce qu'elle désire, selon la parole de l'Apôtre constatant : "Pour moi je suis charnel et vendu au péché, car je ne fais pas ce que je veux et je fais ce que je ne veux pas" (Rm 7,14-15), et cette autre : "Ce n'est plus moi qui agis mais la péché qui habite en moi" (Rm 7,17). Dieu permet aussi pour notre bien qu'il en soit ainsi. A travers ce qu'elle éprouve malgré elle, Il veut que l'âme aperçoive ce qui la domine, et, après avoir découvert en quoi elle est asservie contre son gré au péché, elle s'arrache aux filets du démon et trouve toute prête la miséricorde avec laquelle Il accueille ceux qui se convertissent sincèrement.
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Qu. 17 : Quelqu'un pense à manger, puis se reprend lui-même, est-il condamnable pour la pensée qu'il a eue ?
R. : Si, en dehors de l'heure, on pense à la faim sans l'éprouver physiquement, on met en évidence l'égarement de l'âme en trahissant son attachement aux choses présentes et son indolence vis-à-vis de celles qui plaisent à Dieu. Cependant, même ainsi, la miséricorde de Dieu est toute prête. En effet, si on se reprend soi-même, on est libéré de sa faute par la vertu du repentir, pourvu qu'on se garde de tomber dans la suite, en se souvenant des paroles du Seigneur : "Voilà, tu es guéri, ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pire" (Jn 5,14). Par contre, si, la nature s'imposant, et la faim devenant impérieuse, ce sont les sens qui excitent la mémoire, tandis que l'esprit domine par son zèle à s'occuper de choses élevées, on mérite, non pas d'être condamné pour le souvenir provoqué, mais d'être loué pour la victoire obtenue.

Qu. 18 : Faut-il confier une charge, dans la communauté, à un frère qui a péché, mais s'est ensuite beaucoup appliqué au bien ? Si oui, quelle charge lui donner ?
R. :
L'Apôtre a dit : "Ne donnons occasion de scandale ni aux Juifs, ni aux Gentils, ni à l'Eglise de Dieu, comme je m'efforce moi-même de plaire à tous en toute chose, en cherchant non ce qui m'est avantageux, mais ce qui est utile à beaucoup d'autres pour leur salut" (1 Co 10,32-33). Souvenons-nous de ces paroles et soyons très attentifs à ne mettre aucun obstacle à l'Evangile du Christ, à ne point scandaliser les faibles et à ne mal édifier personne. Ici aussi, par conséquent, on doit bien considérer et examiner ce qui est utile à l'édification de la foi et au progrès dans la vertu.
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Qu. 19 : Si quelqu'un vient à être soupçonné sans que sa faute soit cependant évidente, doit-on l'épier pour découvrir ce que l'on soupçonne ?
R. : Les soupçons méchants, lâchement et délibérément conçus, l'Apôtre les condamne (1 Tim 6,4). Toutefois celui qui est chargé de veiller sur la communauté doit observer tous les frères en esprit de charité chrétienne, et dans le désir de guérir celui qui est soupçonné, en sorte que soit réalisée cette parole : "Afin que nous rendions tout homme parfait dans le Christ" (Col 1,28).

Qu. 20 : Lorsqu'on s'est adonné manifestement au péché dans le passé, doit-on fuir la compagnie des hérétiques et s'éloigner des pécheurs ?
R. :
L'Apôtre a dit : "Ecartez-vous de ceux d'entre vos frères qui se conduisent d'une manière déréglée, et non selon la tradition qu'ils ont reçue de nous" (2 Th 3,6). Aussi, pour n'importe qui, toute relation par la pensée, la parole ou l'action avec n'importe quoi de défendu est-elle généralement dangereuse et nuisible. Ceux qui ont vécu dans le péché doivent encore être plus vigilants sur ce point, car l'habitude acquise rend ordinairement plus enclin au mal. Du reste, comme il faut traiter les malades avec plus de prudence de façon à écarter d'eux, souvent, même ce qui est bon pour des gens bien portants, ainsi faut-il pour les malades spirituels, beaucoup plus d'attentions et de précautions. Le tord que peut faire, en effet, la compagnie des pécheurs, l'Apôtre le déclare en disant à ce propos : "Un peu de levain fait fermenter toute la masse" (1 Co 5,6). Or, s'il en est ainsi pour ceux dont la conduite est coupable, que dire de ceux dont la pensée sur Dieu est fausse, et à qui l'erreur ne permet pas d'être sains sous les autres aspects, car à cause d'elle ils sont une fois pour toute livrés aux passions honteuses. De cela nous trouvons la preuve dans de nombreux passages de l'Ecriture et spécialement dans ces paroles de l'Epître aux Romains au sujet de quelques hérétiques : "...Ils n'ont pas voulu reconnaître Dieu et Dieu les a livrés à leurs sens dépravés, en sorte qu'ils ont commis des actions indignes. Remplis de toutes espèces d'injustices, de méchanceté, de fornication, d'avarice, de malignité, ils ont été envieux, meurtriers, querelleurs, trompeurs, pleins de perversités, semeurs de faux rapports, calomniateurs et contempteurs de Dieu, arrogants, superbes, altiers, inventeurs de procédés coupables, désobéissants à leurs parents, sans prudence, sans fidélité, sans affection, sans foi, sans miséricorde. Après avoir connu la justice de Dieu, ils n'ont pas compris cependant que ceux qui font tout cela sont dignes de mort, et non seulement ils le font, mais encore ils approuvent ceux qui le font" (Rm 1,28-32).
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Qu. 21 : D'où viennent les rêveries et les pensées vaines ? Comment y remédier ?
R. : La rêverie naît de la paresse de l'esprit qui néglige de s'occuper utilement ; or, l'esprit cède à l'inaction et à l'inattention lorsqu'on manque de foi en la présence de Dieu, scrutateur des reins et des cœurs. Si l'on vivait, en effet, dans cette conviction, on réaliserait pleinement cette parole : "Je voyais toujours le Seigneur devant moi, car il se tient à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé" (Ps 15,8). En se conformant à cette règle et à d'autres semblables, on n'aura jamais ni l'audace ni le temps de se livrer à des pensées inutiles, même si elles sont bonnes, et encore moins à celles qui sont défendues et déplaisent à Dieu.

Qu. 22 : D'où viennent les rêves inconvenants de la nuit ?
R. : Ils proviennent des mouvements désordonnés qui naissent en l'âme durant le jour, mais l'âme toute occupée des jugements divins en est innocente, et si elle médite continuellement des pensées vertueuses et agréables à Dieu, elle aura malgré tout de ces rêves.

Qu. 23 : Quand se rend-on coupable de parler inutilement ?
R. : En somme, est inutile toute parole qui ne se rapporte pas à un sujet traité dans le Seigneur. Le danger d'une telle parole est d'autant plus grand que même si elle est bonne, si elle n'est pas orientée à la consolidation de la foi, sa valeur intrinsèque ne la rend pas inoffensive pour celui qui la prononce, mais par suite de cette circonstance qu'elle n'édifie pas, celui-ci contriste l'Esprit saint de Dieu. L'Apôtre l'a enseigné clairement lorsqu'il a dit : "Nul mauvais discours ne doit sortir de votre bouche, n'en prononcez que de bons, propres à l'édification de la foi, et bienfaisants pour ceux qui écoutent" (Ep 4,29), ajoutant : "Ne contristez pas l'Esprit saint de Dieu dont vous avez été marqués comme d'un sceau" (Ep 4,30). Est-il nécessaire de dire la grandeur du mal qu'il y a à contrister l'Esprit de Dieu ?

Qu. 24 : Qu'est-ce qu'une insulte ?
R. :
Toute parole dite avec l'intention de nuire à l'honneur de quelqu'un est une insulte, même si celle parole ne semble pas injurieuse en soi. Cela ressort de l'Evangile qui rapporte que "les juifs l'insultèrent et lui dirent : Toi aussi tu es son disciple" (Jn 9,28).
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Qu. 25 : Qu'est-ce que la médisance ?
R. :
Il y a deux circonstances, me semble-t-il, dans lesquelles on peut dire du mal de quelqu'un : lorsqu'il faut conférer avec d'autres, qualifiés pour cela, sur le moyen de corriger le coupable ; ensuite, lorsqu'il faut prévenir certains qui pourraient parfois, par ignorance, fréquenter un compagnon mauvais qu'ils croiraient bon, car l'Apôtre a défendu de se mêler à des gens de cette espèce, de peur d'y trouver des pièges pour l'âme (2 Th 3,14). Telle fut la leçon d'agir de l'Apôtre lui-même, nous le voyons d'après sa lettre à Timothée : "Alexandre, le fondeur, écrit-il, nous a fait beaucoup de tort, évite-le, parce qu'il a fortement combattu" (2 Tim 4,14-15). En dehors des nécessités de ce genre, quiconque parle mal d'un autre pour l'accuser ou le dénigrer, est un médisant, même s'il dit la vérité.

Qu. 26 : Quel châtiment mérite celui qui médit de son frère ou supporte qu'on médise en sa présence ?
R. : Tous deux méritent l'excommunication : "car j'ai poursuivi celui qui se fait en secret le détracteur de son prochain" (Ps 100,5) et il est dit ailleurs : "N'écoute pas volontiers le détracteur, de peur d'encourir la mort" (Pr 20,13).

Qu. 27 : Et celui qui médit du supérieur, comment le traiter ?
R. :
Ici la condamnation ressort de la colère que Dieu manifesta envers Marie coupable d'avoir médit de Moïse. Il ne voulut pas laisser sa faute impunie, malgré la prière de Moïse lui-même (Nb 12,10).

Qu. 28 :
Quelqu'un a répondu à un autre insolemment et en termes impertinents ; on le lui fait remarquer, et il dit n'avoir rien de méchant dans le cœur. Faut-il le croire ?

R. : Les maladies de l'âme, comme celles du corps, ne sont pas toutes apparentes, même pour celui qui en est atteint. Pour le corps, en effet, ceux qui s'y entendent, savent distinguer les signes de maladies secrètes dont les patients eux-mêmes ne s'aperçoivent pas. Il en est ainsi pour l'âme : même si le pécheur ne se rend pas compte de sa propre maladie il faut cependant en croire le Seigneur ; or celui-ci l'avertit, lui et ceux qui sont avec lui, que le méchant tire le mal du trésor mauvais de son cœur. Le méchant, il est vrai, peut souvent feindre en parlant ou en agissant correctement, mais il est impossible aux bons de se déguiser en méchants, car "nous avons soin, dit l'Apôtre, de faire le bien non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes" (Rm 12,17).
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Qu. 29 : Comment éviter la colère ?
R. : En croyant toujours que Dieu voit tout, et que le Seigneur présent partout nous regarde. Quel sujet obéissant osera jamais, en effet, faire en la présence de son maître ce qu'il sait ne pas lui plaire ? Ensuite en croyant les autres supérieurs à soi et en se tenant ainsi toujours prêt à leur obéir, sans chercher à être obéi par eux. Car si on veut soumettre les autres à son propre intérêt, il faut savoir que l'Evangile enseigne que chacun doit au contraire servir les autres, et si on prétend venger l'insoumission au commandement du Seigneur, point n'est besoin de la colère, mais de la miséricorde et de la compassion : "Qui est faible, est-il dit, sans que je le sois aussi ?" (2 Co 12,29)


Fin de la première partie



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