Jeudi 26 février 2009
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Pour toi, quand tu jeûnes ...
Le jeûne n'est pas propre au Carême ...mais il est particulièrement nécessaire en cette sainte
quarantaine. Le propre du jeûne est de nous mettre volontairement dans une situation de précarité, de manque, de vulnérabilité. Il consiste en effet en une privation de ce
qui nourrit et soutient notre corps, mais aussi en une privation de ce qui nourrit et satisfait notre esprit, notre affectivité, notre désir sexuel, notre besoin de nous occuper, de parler, d'agir
... Il y ainsi le jeûne de nourriture, de boisson, de cigarette mais aussi le jeûne dans le domaine sexuel, le jeûne de lectures, de rencontres, de loisirs.
Il est évident que le premier jeûne à observer est celui de tout ce qui en nos vies est contraire à ce que Jésus nous enseigne à travers l'Ecriture et à travers l'enseignement de l'Eglise: Il
s'agit là du "jeûne" de pensées mauvaises, de paroles inutiles ou blessantes ; il s'agit de renoncer à tout ce qui, dans nos pensées, nos paroles, nos actes ou notre état de vie, n'est pas ordonné
à l'amour. Mais il ne s'agit pas là tant du jeûne en soi que de la conversion du coeur et des moeurs pour
laquelle le jeûne est un allier précieux. À cela s'ajoute un "jeûne" aujourd'hui
essentiel : jeûner de l'esprit du monde, renoncer autant que possible à tout ce qui fait pénétrer en moi - souvent de manière insensible - la mentalité du "monde" qui n'aime pas le Père, qui exclut
le Père (1Jn 2,15-16). De ce point de vue, le jeûne de la télévision et d'internet est aujourd'hui vital.
Le jeûne qui semble être un ennemi est en réalité un allié. Il faut même qu'il soit perçu a priori comme un ennemi - sinon il est probablement une forme de pathologie psychologique et
spirituelle, de l'ordre de l'anorexie, qui cache un refus orgueilleux de la vie, du corps, de la matière. Le jeûne est alors à éviter ou à vivre dans une obéissance aveugle à
l'accompagnateur spirituel. Pour qu'il soit cet allié fécond, il est indispensable de faire un travail de vérité particulièrement exigeant : quelles sont les vraies raisons qui me
poussent à jeûner ? Est ce que je ne suis pas en train de déguiser avec une parure spirituelle ce qui en réalité est une forme de recherche de soi, de diététique, de compte à régler
avec mon propre corps, ou encore d'exploit "spirituel" de par une identification dangereuse à telle ou telle figure de sainteté ?
Pour vérifier cela, l'aide d'un accompagnateur spirituel est bien précieuse, son rôle étant en ce domaine, comme d'une manière générale, de me dire si, dans ce que je vis, dans ce que je choisis,
je suis ou non dans une vraie et saine liberté.
Le jeûne chrétien est un véritable "allié" ; il est, pour être plus précis, un don de la grâce ; il est choisi en obéissance à une authentique inspiration de l'Esprit Saint, il est vécu avec la
grâce de Jésus et conduit par le Père.
Comment opère le jeûne ?
Il nous éprouve : il nous met dans une situation de fragilité où nous réalisons combien nous dépendons des dons de Dieu, de l'alimentation en particulier. Il est bon et sain de
connaître cette dépendance très concrète : cela nous aide à vivre dans l'action de grâce, à reconnaître la Providence de Dieu qui manifeste sa tendresse pour nous.
Au creux de l'épreuve peuvent se manifester les passions qui sommeillaient en nous. C'est l'occasion bénie de les présenter à Jésus, de les lui offrir avec humilité, reconnaissant notre
grande pauvreté intérieure. Le jeûne nu fait ainsi reprendre conscience - de manière non abstraite mais très incarnée - que nous sommes vraiment des créatures et des pécheurs
! Cette épreuve brise l'image orgueilleuse que nous pouvons avoir de nous-même. Elle n'est pas sans risque, car elle peut provoquer l'endurcissement du coeur incapable de
consentir à la vulnérabilité.
Elle est aussi un moment où le tentateur se manifeste parfois violemment pour conduire l'âme au dégoût de soi et au dégoût de Dieu. Sans prière et sans humilité, le jeûne est réellement
dangereux. Mais s'il est vécu dans une vraie obéissance à l'Esprit, à l'exemple de Jésus au désert, il devient une occasion privilégiée pour nous abandonner pleinement au Père d'une
manière plus incarnée que jamais, en nous confiant totalement à Celui qu'il nous a envoyé pour nous sauver: Jésus. Le "Salut" n'est plus alors un concept abstrait, mais une réalité
existentielle et urgente !
Le jeûne chrétien est vécu avec Jésus. Il se reconnaît à la joie intérieure qui l'accompagne, qui n'est pas une satisfaction narcissique liée à un exploit, mais au contraire une
exultation dans l'Esprit liée à notre pauvreté qui se laisse irriguer par l'amour de Dieu. Le jeûne chrétien se reconnaît également à l'amour ; il se traduit par un désir de partager
avec ceux qui connaissent la faim du corps et de l'âme ; il ouvre le coeur à l'océan de misère de ce monde et nous donne le désir de devenir un canal pour que s'y répande l'océan infiniment plus
profond de l'amour de Dieu.
Le jeûne chrétien n'est pas un absolu, il doit s'inscrire à l'intrieur de l'ensemble de la vie spirituelle en équilibre et en harmonie avec l'ascèse déjà existante, et en particulier avec
l'ascèse propre à l'état de vie. Notre première ascèse est celle de porter notre croix, d'accepter avec joie les contradictions, les difficultés, les persécutions qui proviennent de
notre fidélité à Jésus et à son appel. Pour chacun, le jeûne prendra une forme unique qui doit être discernée avec prudence - mais sans paresse - en tenant compte de
la vocation de chacun, de la maturité spirituelle, de la santé.
Le Carême est l'occasion de retrouver un jeûne réèl et équilibré ; un jeûne qui soit l'occasion d'une communion profonde avec Jésus dans sa Passion, dans sa nuit, dans son infinie souffrance, pour
s'ouvrir - par communion à sa confiance filiale - à la résurrection, au triomphe pascal de l'amour.
L'aumône, le jeûne, la prière constituent une triple grâce d'ouverture de notre coeur et de notre vie au mystère pascal.
Ils nous permettent d'accueillir de manière nouvelle la grâce prodigieuse de notre baptême, et c'est bien pour cela que Jésus nous appelle dès le mercredi des Cendres à partager, à jeûner et à
prier.
Mais Jésus nous invite explicitement à une grande vigilance : que jamais l'aumône, le prière ou le jeûne ne soient l'occasion de chercher la gloire des hommes. En ce cas nous
aurions effectivement une récompense immédiate...mais une récompense factice et trompeuse. Jésus nous invite à vivre l'aumône, la prière et le jeûne "dans le secret" - et qui dira
tout ce que Jésus a fait "aux jours de sa chair" dans le secret... à chercher et à accueillir une récompense infiniment plus désirable : celle que le Père nous donnera en retour. Et
ce que le Père nous donne, c'est son amour, sa tendresse infinie qui est tout entière dans le mystère pascal, débordement de joie trinitaire qui nous emporte dans l'émerveillement et
l'exultation.
Bon Carême 2009 !
Amen.
Fr. Dominique
C.A.J.M.C.O. 2009
Publié dans : Carême et jeûne
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