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Association Fraternité et Communauté Catholique
Internationale
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Lettre à ceux et celles qui, dans notre diocèse*, sont
secoués dans leur appartenance à l'Église
Liège, le 31 mars 2009
Chers amis,
Ces derniers mois, les catholiques ont été particulièrement secoués. La levée de l'excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie-X, l'excommunication prononcée par l'archevêque de Recife et l'interview du Pape dans l'avion qui le conduisait au Cameroun ont mis le feu aux poudres. Les ondes de choc se sont fait sentir dans l'Eglise universelle, et surtout en Europe. La crédibilité et l'autorité du Pape et même de l'Église en général ont été ébranlées.
Qu'est-ce qui peut expliquer un tel "tsunami" ? La communication, telle qu'elle en a été faite par le Vatican est en partie responsable. D'ailleurs, dans la lettre très personnelle qu'il a adressée aux évêques le 12 mars, le Pape le reconnaît avec une simplicité et une sincérité remarquables.
La médiatisation inhabituelle des paroles du Pape sur la prévention du Sida et leur interprétation pour le moins tendancieuse ont favorisé l'incompréhension et
l'indignation. Je suis particulièrement préoccupé par les
réactions à l'intérieur de l'Église. Je n'ai jamais reçu autant de messages oraux et écrits. Certains fidèles m'ont exprimé leur souffrance en même temps que leur colère et leur désapprobation;
d'autres l'ont exprimée en même temps que leur confiance au Pape et à l'Église. Que des aînés réagissent également semble montrer que, dans le passé, ils ont été blessés par l'Église. Certains
d'entre eux laissent entendre qu'ils ne veulent pas être contrôlés et dominés par elle.
Dans notre monde marqué par le progrès du savoir-faire de l'homme, les doutes et les questions qui sont dans l'air depuis quelque temps au sujet de la foi elle-même, constituent un autre
facteur favorable à la critique. De plus, un relativisme, voire un scepticisme ambiant nous influencent. Et la mentalité plutôt individualiste accentue encore la difficulté de vivre en Église.
Combien de fois n'ai-je pas entendu dire : J'ai mal à mon Église ou Je quitte l'Église, mais je reste fidèle à Dieu ! Nous vivons dans une atmosphère sous
tension.
Telle une lame de fond, la crise des vocations, les regroupements de paroisses, l'absence de jeunes et de jeunes adultes dans nos églises et encore d'autres phénomènes suscitent des réserves et
même de la méfiance à l'égard de l'Église institutionnelle chez un certain nombre de chrétiens. Beaucoup de catholiques pensent qu'à Rome, on fait la sourde oreille et qu'on ne veut pas
écouter les évêques et encore moins les autres fidèles. Le Pape Benoît
XVI ne mettra jamais en cause Vatican II, j'en suis plus que convaincu. Mais il faut le reconnaître et le dire: les événements de ces dernières semaines n'ont pas rassuré certains chrétiens qui
continuent à s'interroger sur les intentions du Pape.
Il me paraît opportun de revenir sur ces secousses pour essayer d'en tirer quelques conclusions, j'espère fructueuses pour nous, dans notre diocèse.
1. La communication.
Les tergiversations autour de la levée des excommunications des quatre évêques me font dire que l'information a été insuffisante. L'Église, à tous les niveaux, doit veiller à une bonne communication, à une information permettant aux gens de comprendre ce qui est dit ou décidé et ce qui est voulu. Cela est vrai pour le Vatican, mais aussi pour les paroisses et pour l'évêché. Il est particulièrement nécessaire d'essayer de faire comprendre en vue de quoi une mesure ou une décision est prise.
2. La sexualité.
La petite phrase prononcée par le Pape dans l'avion a provoqué un déferlement extraordinaire de réactions. Certes, la sexualité a toujours été un domaine très sensible, dans l'Église également. En toute sincérité, je ne comprends toutefois pas comment certains ont pu penser que le Pape Benoît XVI pourrait donner une réponse aussi simpliste à une question aussi grave. Il n'a certainement pas voulu réduire aux préservatifs les initiatives d'aide des pays européens. Je sais que, en général, ces initiatives ont un objectif plus large. Sinon pauvre Europe !
Quand on lit l'interview dans son intégralité, on se rend compte que le Pape a pris de la hauteur et a parlé des moyens en les situant bien dans leur vrai contexte : il a fait appel à la
responsabilité des Africains et à l'humanisation de la sexualité. N'est-ce pas aussi vrai, pour nous, chez nous ? Dans "Le Jour" de ce 25 mars, le Professeur van Meerbeeck déclare : On parle
aux jeunes de maladies sexuellement transmissibles, mais plus jamais d'amour. (…) Les adultes ont peur de s'avancer sur ces valeurs. Or les adolescents en ont besoin. Personne ne leur parle de
cette sexualité où l'autre est réduit à un objet. Les adultes ne se rendent pas compte qu'ils ont un devoir d'éducation. (…) Il s'agit d'ouvrir les regards et les cœurs à l'amour et au désir
sexuel.
3. L'Afrique.
La pandémie du Sida, véritable catastrophe humaine et démographique en Afrique, m'interpelle évidemment. Mais je voudrais aussi faire réfléchir à une autre catastrophe. L'injustice, la violence, la pauvreté en Afrique subsaharienne m'attristent et parfois me déroutent. Combien de fois ne me suis-je pas dit : les Africains n'auraient qu'à… Mais est-ce à nous de leur dicter ce qu'ils doivent faire ? Plus grave encore, sur le plan économique, des puissances étrangères exercent abusivement une exploitation totale. Tous, nous disons que c'est injuste. Et si, sur tous les plans, on essayait de progresser avec la population, au lieu de vouloir leur imposer nos idées, nos intérêts, nos modèles ? Cela vaut, en premier lieu, pour le redressement socio-économique, l'organisation politique et la dénonciation de toute corruption. Je reconnais les démarches politiques de notre pays et de l'Union Européenne. Je suis tout autant en admiration devant les nombreux projets de coopération mis en route et soutenus par Entraide et Fraternité, par Caritas international, Memisa et tant d'autres. Et je pense encore à une Liégeoise qui travaille dans l'éducation et la prévention du Sida au Kivu. Nous Européens, nous devons tout faire pour que les Africains gardent et nourrissent l'espérance qui les habite malgré leur détresse. Le Pape a dit : Avec le Christ, l'Afrique peut devenir le continent de l'espérance.
* * *
Chers amis, ma lettre est devenue plus longue que prévu. Nous avons tous été secoués dans notre appartenance à l'Église, mais ma confiance fondamentale n'a pas été touchée, parce que le Seigneur nous a promis d'être avec nous. Il nous a donné son Esprit. Toute crise est une chance, un appel à aller de l'avant. La foi est un chemin de conversion permanente. À travers les événements douloureux de ces dernières semaines, le Seigneur nous invite à une vie évangélique encore plus nette, une vie à sa suite.
Dans cet esprit, continuons à monter vers Pâques.
Votre évêque, + Aloys Jousten
JMCO International ONG
C.A.J.M.C.O. © 2009
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