Samedi 25 avril 2009
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Vision et révélation (2 Co 12, 1s)
Pour prouver qu'il n'est pas moins apôtre que
les autres, Paul fait finalement état des grandes grâces reçues, visions et révélations. Ce qu'il ne devrait pas faire, dit-il, mais il s'est senti contraint de se mettre en
avant. "C'est pourquoi - bien que cela ne serve à rien - je parlerai des visions et des révélations que le Seigneur m'accorde" (2 Co 12, 1).
Voici quatorze ans, pousuit-il, il a été élevé jusqu'au "troisième Ciel". Il fait comme s'il s'agissait d'uune autre personne et non pas de lui-même: "Je connais un disciple du
Christ..."( 2 Co 12, 2). Cet homme entend des paroles qui ne peuvent être dites par un humain. Paul insiste : il ne pourrait en parler, ni s'en glorifier. Il ne
veut pas se vanter de cette vision mais bien pltôt de sa faiblesse. Il dit vrai pourtant quand il affirme avoir vécu cela. Mais il ne veut à aucun prix s'en
vanter. "Mais pour moi", poursuit -il, "je ne me vanterai que de ma faiblesse" (2 Co 12,5B).
Dieu lui tend même une main pour rester éloigné du podium. " Pour m'empêcher de m'enorgueillir, Il m'a mis une écharde dans ma chair : je suis tourmenté par un ange de
Satan. J'ai supplié par trois fois le Seigneur de m'en délivrer, mais Il m'a dit: "Ma Grâce te suffit, car la puissance se manifeste dans la faiblesse". Je préfère donc me
vanter de ma faiblesse, de sorte que la puissance du Christ devienne visible en moi. Parce que le Christ me donne la force, je puise de la joie dans ma faiblesse, les offenses, les
détresses, les persécutions et les misères. Dans ma faiblesse je suis fort" (2 Co 12, 7-10).
Jamais Paul n'a expliqué ce que c'était cette écharde dans la chair. La liste des interprétations et des hypothèses est longue. Mais on peut affirmer une chose : cette
écharde était assurément quelque chose qui le gênait dans son apostolat. Et si Dieu devait en libérer Paul, Dieu- Lui-même en tirerait profit, car Paul pourrait agir mieux et plus
efficacement. "Tois fois j'ai supplié". Cela veut dire que Paul a sans cesse et toujours demandé à Dieu de lui enlever son handicap. Mais Dieu n'a jamais
voulu le faire. Car ainsi paraîtrait à l'évidence que la fécondité de la prédication de Paul trouve sa source en Dieu. Et non pas dans les talents ou les mérites de
Paul. Le travail de Paul porte des fruits, dit Dieu, non pas "malgré" sa faiblesse, mais précisément parce qu'il est faible. "Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis
fort" (2, Co 12, 10). Travailler dans la vigne de Dieu ne porte pas des fruits parce que les ouvriers sont excellents, compétents ou exceptionnellement doués. Leurs
faiblesse ne rendent pas leur travail infructueux dès lors qu'ils font confiance à la grâce de Dieu. Car l'évangélisation n'est pas notre oeuvre ; elle est l'oeuvre de la grâce en
nous. Cela se lit aussi explicitement dans la lettre aux Romains : "Tout dépend de Dieu et de sa Miséricorde et non pas de la volonté ou de l'effort de l'homme" (Rm 9, 16).
Jésus ne le dit pas autrement dans la parabole du paysan patient: "D'elle-même la terre porte du fruit"( Mc 4, 28). "Le paysan sème et va dormir, puis se lève à nouveau, et ainsi de
suite, jour après jour, pendant que la semance germe et pousse, alors qu'il ne sait comment" (Mc 4, 26s). Impuissance, souffrance, déboire et faiblesse n'arrêtent pas la venue du
Royaume de Dieu. N'a-t-il pas le pouvoir de susciter de pierres des enfants à Abraham ? (cf Mt 3,9).
L'amour de Paul pour ses communautés chrétiennes
Dans ses lettres, Paul traite souvent de choses profondes et sérieuses. Tels les problèmes de communauté : dérives, disputes, péchés. Sa
réponse est toujours fort étayée d'un solide argumentaire théologique ou éthique.
Il est maître et "mentor". Mais Paul est aussi père. Il aime ses chrétiens. Ci et là ses lettres montrent une profonde et
chaleureuse sensibilité dans son abord des gens. Il est docteur et prédicateur ; il est aussi père et berger. "Quand vous auriez dix mille pédagogues en Christ, vous
n'avez qu'un seul père" (1 Co 4, 15).
Aux Corinthiens qui lui donnèrent tant de soucis, il adresse ces mots pleins de chaleur :" Nous vous disons cei franchement, Corinthiens, car nous vous portons dans notre coeur. Ce
n'est pas nous qui manquons d'affection pour vous, mais bien vous pour nous. Alors maintenant je vous demande, comme si vous étiez mes propres enfants, de nous porter à votre tour dans
votre coeur" (2 Co 6, 11s). ET il écrit au Philippiens : "Vous tous, je vous porte dans mon coeur... Oui, Dieu m'est témoin que je vous chéris tous dans la tendresse de Jésus-Christ"
(Ph 1, 7-8).
La sollicitude paternelle transpire le plus dan sla petite lettre qua Paul écrit à son ami Philémon. Paul est alors en prison. Philémon avait un esclave, Onésime, qui
s'était enfui de chez lui, peut-être bien après l'avoir volé. Onésime s'était réfugié chez Paul et s'est converti à la foi. L'apôtre renvoie à présent l'esclave chez son
ancien maître avec, en poche, une lettre. Dans celle-ci il plaide pour l'esclave fugitif et demande peut-e^tre bien son affranchissement. Il écrit: " Moi, Paul, le vieux
Paul, qui suis maintenant prisonnier à cause de Jésus-Christ, je voudrais te demander une faveur pour Onésime, qui est devenu mon enfant pendant ma captivité... Je te le renvoie bien qu'il
me soit cher et que je l'aurais bien gardé près de moi. Il aurait pu alors me servir en ton nom.... Si donc tu m'es tant attaché, reçois-le comme si c'était moi" (Phm 1, 9s).
Dans cette simple lettre, l'homme - d'un âge respectable - parle avec son coeur. Onésime n'a pas été si irréprochable que cela. Et pourtant Paul demande à Philémon que
l'esclave soit traité comme un frère. À la fin, Paul parle même de payer à sa place ses dettes éventuelles. " S'il t'a lésé ou s'il te doit quelque chose, porte-moi
cela en compte. Moi Paul, je t'écris d ma main que je paierai" (Phm &, 18s).
L'adieu
Les communautés aimaient elles aussi leur fondateur. Paul en est à son dernier voyage. Il va à jérusalem. Son
bateau accoste dans la ville portuaire de Millet. De là il envoie un message à Ephèse, située à 50 Kilomètres dans l'arrière-pays. Il convie les anciens à venir le saluer et
à faire leurs adieux, car il sait que ce sera son denrier voyage.
C'est là que Paul donne le plus beau et le plus émouvant des discours d'adieu que nous ayons conservé. " Vous savez comment j'ai vécu parmi vous", dit-il aux anciens d'Ephèse, "depuis le premier
jour de mon arrivée en Asie ; j'ai servi le Seigneur en toute humilité, dans les larmes et au milieu des épreuves que m'ont valu les complots des Juifs... Je suis maintenant en route pour
Jérusalem, poussé par l'Esprit, sans savoir ce qui m'y attend. Mais en tous cas, l'Esprit me l'atteste de ville en ville : chaînes et détresses m'attendent. Pour ma part je
n'attache pourtant pas la moindre importance à ma survie, pourvu que je puisse accomplir ma vie, ainsi que la mission que j'ai reçue du Seigneur, c'est à dire témoigner de l'évangile et de la grâce
de Dieu". (Ac 20, 18-20 ; 22-24).
Paul leur donne ses derniers conseils "soyez pour cela vigilants et n'oubliez pas comment, trois années durant, à chaque fois, je n'ai eu de cesse de conseiller, en pleurant, à chacun de
vous" (Ac 20, 31). Il les confie à "Dieu et à l'Evangile de sa grâce". Et il leur rappelle qu'il a toujours assuré sa subsistance en travaillant de ses propres mains, sans
"jamais désirer argent ou vêtement de personne". En tout, il leur a montré qu'il vaut mieux travailler pour pouvoir aider les faibles, à l'aune des paroles du Seigneur Jésus qui a
dit, en effet : "donner rend plus heureux que de recevoir" (Ac 20, 35).
Vient ensuite l'adieu émouvant. On voit combien les anciens aimaient Paul et réciproquement. "Lorsqu'il acheva de parler, il se mit à genoux avec eux pour prier.
Personne ne pouvait contenir ses larmes. Tous se jetèrent à son cou et l'embrassaient. Ils étaient surtout consternés d'apprendre qu'ils ne le reverraient plus.
Puis ils l'accompagnèrent jusqu'au bateau." (Ac 20, 36-38).
Le solitaire
Et Paul s'en alla. Ce fut leur dernière rencontre. À Jérusalem il fut déféré au tribunal pour le faire condamner et
l'exécuter. Mais Paul avait la citoyenneté romaine et, à ce titre, pouvait faire appel à l'empereur pour être jugé par la juridiction impériale à Rome. Aussi se
prévalu-il de ce droit. "Je fais appel à l'empereur", dit-il au gouverneur Festus. "Après concertation avec ses conseillers, Festus déclara : "tu en appelles à l'empereur, alors tu iras
devant l'empereur" (Ac 25, 12). Et il en fut ainsi.
À Rome, Paul résida deux ans dans un logis loué ; il y recevait tous ceux qui venaient à lui (cf Ac 28, 30). Il était cependant un homme
solitaire. À la fin de quelques lettres on peut encore quasi toucher sa solitude. "viens vite me rejoindre", écrit-il à Timothée, "car Démas m'a
abandonné ; il s'est épris du monde et est parti pour Thessalonique. Crescens est allé en Galatie, Tite en Dalmatie. Seul Luc est resté auprès de de moi. Prends
Marc et amène-le avec toi car il peut me rendre de bons services. J'ai envoyé Tychique à Ephèse. En venant, apporte le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpos, ainsi que
mes livres et surtout les parchemins. La première fois que j'ai présenté ma défense, ils m'ont tous abandonné. Qu'il ne leur en soit pas tenu rigueur. Essaie de
venir encore avant l'hiver" (2 Tm 4, 9-13. 16-21).
"Mais le Seigneur m'a assisté et donné sa confiance, de sorte que j'ai mené à bien la prédication et que toutes les nations ont entendu le message. Je suis sauvé de la gueule du lion" (2 Tm
4, 17).
Et puis nous n'entendons plus rien de lui. Nous savons seulement qu'il a été mis à mort. Son tombeau se trouve dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-murs à Rome.
Mais l'espérance de Paul ne fut pas décue. "Le Seigneur me sauvera de tout mal et me conduira sain et sauf dans son Royaume céleste. À Lui la gloire dans les siècles des
siècles. Amen" (2 Tm 4, 18).
Saintes Fêtes de Pâques 2009 !
+ CardinalGodfried Danneels
Archevêque de Malines-Bruxelles (Belgique)
Les messages du Cardinal sont édités dans la série "Paroles de vie" N° 3 à 56 et sont disponibles auprès du Service de presse de l'Archevêché
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C.A.J.M.C.O. 2009
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