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Entretien avec Madame Elissar Safi
Psychologue clinicienne et présidente de l'association JMCO International ONG
NGO
Entretien réalisé par D.A.B. et M.V.
Petit flash back sur Madame Safi,
Madame Safi est diplômée en psychologie clinique de l'Université Saint Joseph à Beyrouth - Liban. Elle travaille depuis 20 ans avec des enfants et adultes handicapés.
Elle a exercé au sein de l'association ACSAUVEL dont la plupart sont des personnes atteintes par la trisomie 21 avant que d'être présidente de JMCO International ONG.
Madame Safi, avez-vous suivi une formation spécifique pour aborder ce type de public ?
E.S. - Non, je suis psychologue clinicienne de formation mais il n'existe
aucune psychologie spécifique de la trisomie 21.
Celle-ci étant la plus répandue. IL existe d'avantage une prise en charge psycho thérapeutique au sein des institutions spécialisées.
Existe t'il une procédure particulière lors des séances avec ces personnes ?
- Non, la procédure est d'être à
l'écoute de la personne, de lui laisser le temps de parler librement.
Notre rôle est de la sécuriser au maximum afin qu'elle puisse exprimer ses demandes, ses désirs et ses attentes. Le but principal de la prise en charge de ces
personnes handicapées, c'est tout d'abord, l'affirmation de soi ensuite reconnaissance de leurs capacités et acceptation de leur handicap.
Vos patients handicapés sont-ils volontaires ou bien orientés par leur médecin ou les institutions ?
- Je travaille au sein d'une institution. La demande peut-être orientée par l'éducateur ou l'éducatrice selon les cas et aussi volontairement dans d'autres
cas. Les familles sont particulièrement demandeuses pour l'intégration de leur enfant dans la société.
S'agissant de personnes handicapées, s’y prêtent-elles sans se dérober, jouent-elles le jeu sincèrement ?
- Non, elles jouent le jeux sincèrement.
Le handicap est-il abordé surtout sous l’angle du rapport à soi-même (son corps etc.), à autrui ou à la société en général ?
- Les trois aspects de la question sont pris en compte. Celà dépend des cas et de l'éveil de chaque individu en particulier. Certain se pose
la question de savoir le pourquoi de leur différence physique au sein de la famille, de leur entourage, d'autres, sur leurs capacités intellectuelles et motrices. Exemple: Pourquoi,
je ne suis pas à l'université ... autre exemple: je veux conduire une voiture mais mes parents m'en empêchent ... ce ne sont que quelques exemples du type de question ... Ils posent aussi des
questions sur la vie sociale et le mariage...
De quoi parlent-ils spontanément et vers quoi les orientez-vous ?
- En ce qui me concerne, je ne les oriente sur rien. J’écoute ce dont ils me parlent. En fait, peu importe car
tout dépend des personnes. On pourrait croire qu’ils vont parler du handicap et bien non, pas forcément.
Pour l’un, il sera question effectivement du handicap, pas pour l’autre.
Ce sont des entretiens non directifs. Je suis toujours très attentive aux thèmes abordés.
Comment les patients que vous traitez réagissent-ils généralement à leur handicap ?
- Parfois ce n’est pas dit et cela reste dans le silence. La question du handicap n’étant pas directement citée.
Elle est ou sera contournée tout le temps. Toutefois, la personne elle-même abordera son handicap ou bien une autre en parlera d’emblée. ll n’y a pas de façon
unique, un modèle général de réagir chez les personnes atteintes de trisomie, c’est vraiment différent, comme nous. Il n’existe pas de réaction spécifique à chaque
personne. Chaque cas est vraiment différent.
Concrètement, que leur apportent ces séances, quelles évolutions relevez-vous dans les parcours individuels ?
- Je dirais que c’est leur permettre de parler et par là, de les aider à assumer la différence.
Pas forcément celle du handicap, mais celle que nous avons tous en nous.
Je ne suis pas pareille que vous, vous n’êtes pas pareil que moi. Est-ce difficile à vivre ? Chacun cherche sa solution pour trouver sa voie, son chemin.
Gagner un peu en assurance peut-être, mais surtout les autoriser à parler, à s'exprimer et dire in fine ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent.
Quels enseignements tirez-vous de ce travail ?
- Plus je travaille, plus je me dis qu’il n’y a pas de handicap. Evidemment, Il apparaît comme ça, d’emblée, qu’il soit physique ou intellectuel, mais ensuite, au niveau de la
parole, il est ou devient moins apparent.
C’est d’autre chose dont il s’agit. D’ailleurs, très vite, nous passons à d’autres sujets...
Les questions que l’on se pose sur la vie par exemple ...
Avez-vous quelque chose à ajouter à cet entretien ?
- À mon niveau, ce serait de me dire que si nous considèrons l’autre dans son handicap essentiellement, c’est le rendre victime. C’est dire
qu’il est handicapé. Et ne le voir qu’à travers son handicap, c’est en faire une personne assistée. Alors oui, c’est difficile après pour elle de s’en sortir.
Donc, peut-être faudrait-il la considérer autrement que handicapée ?
Certes, on ne peut pas nier le handicap mais la personne qui en souffre a des choses à dire.
Elle a des désirs et Il nous faut soutenir cela. Par moments, elle est un semblable aux autres.
À d’autres, la différence se situe au niveau des prises en charge et là, c’est beaucoup plus spécifique, c’est de la rééducation.
Concernant l’écoute, ce n’est pas une rééducation, mais un accompagnement dont l’objectif est de tenter de révéler, un peu, ce qui est derrière le sujet qui parle. Personnellement,
j'ai beaucoup travaillé sur l'expression en animant des groupes de paroles ou des groupes d'expression, des jeux de rôles, des psychodrames et de la musicothérapie.
Toutes ces thérapies, abordées au sein de l'institution, contribuent à l'épanouissement de la personne, à découvrir ses talents (musique et théatre par exemple). De les aider à
s'affirmer, à acquérir d'avantage de confiance en soi et de la sorte, de se faire intégrer au sein de la société.
Sur ce sujet particulier, il y a lieu de constater de très grandes différences dans l'approche du public handicapé au Liban et au Moyen Orient en général et en Europe ou aux
Etats-Unis. Les droits des personnes handicapées au Liban, par exemple, sont réduits à leur plus simple expression quant ils ne sont pas inexistants tout simplement.
Devinez pourquoi ...
Pour avoir participer à de nombreux séminaires et conférences aux Etats-Unis et en Europe,
je constate que la prise en charge de la personne handicapée est radicalement différente dans les pays occidentaux et au Liban.
Ceci étant du bien évidemment principalement à cause des conditions sociales très développées et des situations financières des pays occidentaux. Qui elles, ne sont en rien
comparable à ce que nous connaissons ici au Moyen Orient.
Je souhaite réaliser mon projet qui est un projet pilote pour le Liban comme pour le Moyen Orient. Notre projet est comparable au projet établi en Belgique dans la banlieue
bruxelloise par l'asbl "Nos pilifs".
Je suis très sensible à cette manière de travailler et c'est pourquoi j'ai créé l'association JMCO International ONG avec mes partenaires et
amis belges et italiens. Seul un côté international donné à ce projet lui permetrra de voir le jour concrètement.
Oui, je souhaite le réaliser tout en assurant aux jeunes personnes handicapées du Liban, un travail qui leur permettra de s'assumer et de s'intégrer le plus correctement possible
au sein de la société libanaise.
Société qui elle même, à travers ce type d'exemple, petit à petit, pourra changer et évoluer dans son regard et son approche de ce public. En tout cas, c'est mon
souhait car il est vraiment temps et urgent d'éduquer notre population et de modifier sa vision négative de la personne handicapée.
Ceci est un de mes combats au sein de notre association.
Nous vous remercions Madame Safi pour cet entretien.
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